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Complexité du vivant, spiritualité & philosophie politique

L’animation suivante est une simulation 3d d’une protéine de kinésine évoluant sur un microtubule à la surface d’une cellule.

Kinésine progressant sur un microtube

A chaque instant, des milliards de réactions chimiques d'une complexité vertigineuse s'enchaînent dans mon corps et me maintiennent en vie. De ce processus, je ne comprends ni ne maîtrise rien.

Émerveillement et spiritualité

Je me définis comme ignostique. A la question « crois tu en Dieu ? », je réponds : « définis “Dieu” ». Ni l'athéisme, ni le théisme ne me satisfont. Aucune de ces postures ne coïncide avec mon expérience du monde.

Je suis cartésien: Je suis convaincu que l’ensemble du vivant résulte de l’évolution biologique de quelques cellules primitives. Je suis convaincu que l'univers est en expansion, issu d'une explosion unique. Je ne me retrouve dans aucune spiritualité anthropocentrique, qui ferait de l’humanité le centre de l’univers ou l’objet d’une attention (bienveillante ou maligne) particulière. Mes quelques connaissances en physique (macroscopique, quantique, astrophysique) sont cohérentes avec mon expérience quotidienne du réel et ne nécessitent pas l'invocation de forces surnaturelles, autre que les 4 forces physiques fondamentales connues. Le fonctionnement du monde, tel que décrit par la science moderne, nourrit largement mon émerveillement. Comme le dirait Douglas Adams : "N'est-il pas suffisant de contempler un jardin si magnifique sans avoir à croire en plus que des fées l'habitent ?"

Pour autant, je rejette l’arrogance du scientisme qui prétend que la science explique tout, même ce qui ne relève pas de son champ d’exploration. La science est l’étude rationnelle du fonctionnement du monde, par un sujet conscient considéré comme extérieur à celui ci. Elle n’aborde pas la question du “pourquoi” mais du “comment”. La science n’est pas non plus réflexive : elle ne peut avoir pour objet la conscience elle même.

Être vivant est une source d'émerveillement récurrent. L'existence du monde m'amuse : il m’apparaît à la fois improbable et d'absurde. Je crois déceler, dans la complexité et la beauté du vivant, l'expression d'une force ou un principe émergeant qui tendrait, maladroitement, vers une organisation de l'univers (instinct de vie ?). Cette force semble s'opposer à un principe physique dual: les lois thermodynamique condamnant à terme le monde au désordre, par augmentation de l'entropie (instinct de mort ?). Si je devais me prononcer sur l'existence de Dieu, comme intention consciente orchestrant tout, je dirais qu'elle n'existe pas encore, mais qu'elle y aspire. Je ne considère pas l'humanité comme le centre de ce processus, ni même un maillon majeur, mais plutôt comme une branche, un essai imparfait, capable des plus grands chefs d’œuvre comme des pire atrocités.

Ego et libre arbitre

Les spiritualités orientales ou la pensée de Spinoza reconnaissent la contingence de toute chose, et nous définissent essentiellement comme le produit involontaire de notre histoire (ADN, culture, éducation, rencontre). Notre ego (identité, libre arbitre, séparation du monde) y apparaît davantage comme une construction intellectuelle, voire une illusion, qu'une réalité objective.

A l'inverse, la pensée occidentale matérialiste rejette toute dimension spirituelle de la vie. L'athéisme actif et prosélyte nie le mystère de l'existence et donne au sujet l'illusion d'une autonomie hors-sol par rapport au monde. A mon sens, il manque à cette posture l'humilité nécessaire à une juste appréhension du monde.

En quelques siècles, la philosophie des lumières nous a ainsi fait passer d'un obscurantisme religieux, soumis à la peur et les superstitions les plus irrationnelles, à une émancipation totale assortie de l'illusion et / ou du désir de souveraineté individuelle totale.

Libéralisme et orgueil

L'idéologie libérale est l'application radicale de cette philosophie aux structures politiques. Elle installe l'individu sur un piédestal, comme corpuscule autonome de la société. Elle lui répète en permanence qu'il est libre, responsable, volontaire, méritant. Dans le même temps elle opère une double destruction hypocrite des structures sociales : Dans son discours et ses postures, elle nie l'existence de liens sociaux ou d'une dépendance de l'individu à son environnement. Dans la pratique, elle s'attache à la fois à détruire ces liens sociaux "inexistants" par la contractualisation marchande de toute relation humaine, et à libérer les désirs individuels de toute limite matérielle (distance, temps, saison, ...).

Cette idéologie ne se présente pas comme telle et prétend reposer sur des théories économiques rationnelles et scientifiques : les théories économiques libérales, hégémoniques dans l'enseignement universitaire, sont pourtant des constructions délirantes, reposant sur des postulats manifestement faux, sans aucun lien avec la réalité observable : symétrie de l'information, acteurs économiques omniscients et rationnels, négligence du rôle de la monnaie, ...

La pensée sociale et écologique s'oppose radicalement au libéralisme : elle replace l'individu au sein de son environnement et met en évidence son interdépendance avec la société et la planète. Elle pose des limites encadrant les libertés individuelles sur un plan moral mais surtout matériel : ces limites sont nécessaires à la survie du socle social et de son écosystème, et donc, à sa propre survie.

La nécessaire humilité

L'orgueil et le sentiment de toute puissance de notre civilisation condamnent à court terme l'ensemble de l'humanité. Nous avons un besoin urgent de réintroduire de l'humilité et de la spiritualité dans notre pensée. C'est une position philosophique à affirmer fermement face aux prophètes de la Silicon Vallée et autres fanatiques de la croissance qui ne parlent que d'immortatalité de transhumanisme et d'intelligence artificielle.

Références